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Grand débat : rejet des corps intermédiaires. Fin de partie d’une république à l’agonie.

Par Sidney Touati

 

Le Grand débat mis en place par le président Macron en réponse à la crise des Gilets Jaunes, est une singularité absolue dans l’histoire de la Vème République.

L’objectif avoué de ce Grand débat, est de permettre au président de prendre une connaissance ample et exhaustive des problèmes et des volontés du peuple.

En la forme, il constitue une sorte de « coup d’Etat » constitutionnel. Il est le signe d’une immense panne des institutions, de leur mise en cause par le chef de l’exécutif. Il est manifeste que, pour le président Macron, Assemblée Nationale, Sénat, haute fonction publique...ont failli à leur mission. Le Président du Sénat l’a, au demeurant, clairement exprimé.

 

En effet, normalement, les deux chambres, Assemblée Nationale et Sénat, auraient dû se saisir ou être saisies. Il leur appartenait de se faire l’écho des grandes préoccupations du peuple, d’alerter l’exécutif, de débattre des vrais problèmes, d’abroger les lois scélérates. Or, manifestement, les élus nationaux n’ont jamais réellement discuté de ces questions. On constate qu’ils sont, soit absents de l’hémicycle au moment des votes importants, soit ils se perdent dans des querelles internes, des chicanes, des conflits byzantins, leurs interventions tonitruantes étant souvent le fruit de calculs sordides.

Par ailleurs, les nombreux rapports rédigés par les hauts fonctionnaires, la multitude de commissions, ne semblent pas avoir informé le président des réalités. Celui-ci ignore tout des préoccupations du peuple.

Le Grand débat est également le signe d’un désaveu cinglant des médias, lesquels, enfermés dans la censure du « politiquement correct », ont été et sont incapables de rendre compte de la diversité des opinions, de la complexité des situations, des drames vécus par de larges couches de la population. Pour les grands médias français, évoquer les problèmes du peuple, c’est être populiste, et par là-même, être diabolisé.

Les partis politiques, petits et grands, n’échappent pas à la grande lessive, pour ne pas dire « purge » macronienne. Ne sont-ils pas considérés comme quantité négligeable et tenus à l’écart ? Ont-ils été consultés depuis 18 mois ?

 

En clair, pour Macron, les « élites » préoccupées principalement de la gestion de leur carrière, ont trahi. Pour la plupart, leurs conclusions sont dictées par le souci de plaire au pouvoir en place. Aucune volonté de dire la vérité, de la chercher, ne les anime.

 

Avec le Grand débat, Macron a balayé d’un revers de main, les corps intermédiaires. Il a tenu compte du dernier sondage selon lequel, les Français, à une écrasante majorité, ne croient plus, n’ont plus confiance, voire éprouvent du dégoût à l’égard des politiques. Les seuls élus qui échappent à ce naufrage de la démocratie représentative sont les maires.

Alors Macron quitte les hauteurs inaccessibles du « château », convoque un échantillonnage significatif de maires et plonge au cœur de la mêlée, espérant recevoir l’onction de ces élus locaux, en devenir un lui-même et regagner l’amour, la considération et le respect du peuple.

Le voici seul, micro en main. The show must go on!

Si cet exercice n’est qu’une opération de « « com » sans conséquences réelles et concrètes, alors le président se déconsidérera définitivement aux yeux de tous, entraînant dans sa chute les élus locaux, dernier bastion de la démocratie.

 

Le pari de Macron est extrêmement risqué.

Le président est seul. Le dos au mur.

La Vème République a certes instauré un « pouvoir personnel » mais celui-ci était, au moins en apparence, équilibré par les Assemblées représentatives, les grands corps d’Etat et les partis politiques. Le premier et le dernier mot appartiennent certes à l’exécutif, mais les autres pouvoirs étaient appelés à se manifester, à concourir à l’élaboration des grandes options politiques.

Avec Macron, avec le Grand débat, tout le pouvoir est concentré entre les mains d’un seul homme. Représentant ou tueur ? Face à face authentique ou duel à mort ? Héros ou pantin dérisoire ?

Si après avoir pris connaissance directement des problèmes, Macron est incapable de les résoudre, alors les Français réaliseront que l’Elysée n’est qu’une coquille vide, que le « Prince est un enfant ».

Fin de partie : l’ultime leurre d’une France gouvernée par des Français, tombera.

 

Les citoyens comprendront qu’ils ont été abandonnés et trahis ; qu’il leur appartient de prendre directement les choses en main et d’inventer la République et la démocratie de demain, celles que la révolte des Gilets Jaunes réclame depuis 10 semaines.

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