Le nouveau secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres a pris ses fonctions le 1er janvier. Sa désignation s’est faite dans un consensus exemplaire. En ces temps troublés où l’ONU semble ne plus peser bien lourd, il faut espérer que le Conseil de Sécurité ait été mieux inspiré qu’en 1970 quand il avait nommé à la tête de l’organisation l’autrichien Kurt Waldheim, dont on découvrit plus tard qu’il fut un officier nazi pendant la deuxième guerre mondiale. On découvrit aussi que les Etats-Unis, pilier de ce Conseil de sécurité, étaient au courant bien avant le reste du monde et qu’ils n’avaient rien dit…

En Autriche, une personnalité populaire contre vents et marées
Secrétaire général
K. Waldheim, Secrétaire général de l’ONU 1072-1981

En 1986, la campagne présidentielle bat son plein en Autriche. Si le président n’a pas un rôle aussi important qu’en France, il n’en reste pas moins une figure symbolique et un bon indicateur du climat politique du pays. A cette époque, Kurt Waldheim est une personnalité politique de premier plan, relativement populaire, toute auréolée de sa décennie passée à New York en tant que secrétaire général de l’ONU.

C’est confiant que Kurt Waldheim prétend au titre de président de la République autrichienne, une belle manière de terminer une carrière de toute évidence réussie. Et pourtant, pendant cette campagne, les casseroles vont s’accumuler, ruinant la réputation de cet homme, jusque-là très respecté.

En mars 1986, le Congrès juif mondial fait deux révélations tonitruantes. Première révélation : Waldheim était officier nazi pendant la seconde guerre mondiale. Deuxième révélation (la pire) : il est directement mêlé à des crimes de guerre survenus dans les Balkans. Il aurait ainsi dirigé des exactions contre les communistes de Yougoslavie et même supervisé la déportation des juifs de Salonique, en Grèce, à partir de 1942, année qui marque le début de la systématisation de l’élimination des Juifs d’Europe. Or, dans ses mémoires parues un an plus tôt, Waldheim déclarait avoir quitté l’armée allemande en 1942.

Dans le monde, ces révélations font l’effet d’une bombe. Mais, en Autriche, c’est l’inverse qui se produit. La population prend sa défense. Il frôle l’élection dès le premier tour (49,65%) et passe facilement au second tour. A cette époque, l’Autriche se pense quasi-exclusivement comme une victime du nazisme (le pays est annexé par l’Allemagne d’Hitler dès 1938). Les souvenirs de la guerre sont vivaces et, comme en France d’ailleurs, personne n’ose vraiment s’exprimer sur la réalité de l’implication d’autrichiens dans le parti nazi pendant la seconde guerre mondiale.

Résumé de situation dans le journal télévisé du 19 avril 1986 (preuves accablantes à l’appui !)

Un faiseur de paix devenu paria de la communauté internationale

Le débat international sur les liens de Waldheim avec les nazis sera son boulet tout au long de sa présidence, à laquelle il restera accroché jusqu’au bout. Censé représenter le pays à l’étranger, voilà que le président autrichien ne peut bientôt plus se rendre dans de nombreux pays en raison de son histoire passée.

Revenons un instant sur l’attitude des Etats-Unis. Une fois les activités de Waldheim pendant la guerre révélées, le gouvernement fédéral américain sort l’artillerie lourde : interdiction d’accès sur le territoire. Un comble pour un homme qui a passé 10 ans de sa vie à New-York. Et une belle hypocrisie de la part des Etats-Unis. Il est maintenant avéré que la CIA savait pour Waldheim et, ce, depuis longtemps. Dès 1945, son nom apparaît dans un rapport sur une unité nazie du renseignement dans les Balkans. Et pourtant la CIA se taira quand Waldheim sera aux portes de l’ONU.

Waldheim et le Vatican, une belle histoire...
Waldheim et le Vatican, une belle histoire…

Pendant sa présidence, les activités diplomatiques de Waldheim se limitent à quelques déplacements dans des pays arabes et deux visites au Vatican, qui ne sont pas sans susciter d’énormes polémiques. Au moment de la première visite de Waldheim au pape Jean-Paul II, le premier ministre israélien parle de provocation et estime que cet accueil réservé par le Vatican au président autrichien peut être interprété comme « une justification des crimes dont Waldheim est accusé ». Le Vatican s’offusque et se déclare « peiné » par la polémique.

Waldheim vécut encore de belles années après la présidence. Il ne cessera d’essayer de se justifier, parfois de manière très maladroite. Un journaliste du Times raconte son malaise lorsque, au début des années 2000, l’ex président le reçoit et insiste lourdement sur le fait qu’il est en train de lire « la liste de Schindler »…

Sources (désolé mais il n’existe que peu de sources en français sur le sujet)

 

Source : http://echosdu20eme.com/secretaire-general-de-lonu-etait-ancien-nazi/